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Photographe : Bleu citron, une autre image du mariage

Publié le 28 juillet 2009 par JMA, Source : Mon-Mariage

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Photographe : Bleu citron, une autre image du mariage

Il aurait pu rejoindre la NBA ou jouer dans des remake de film de Humphrey Bogart mais c'est dans la photo que notre Médéric prend aujourd'hui son pied, un brin décalé dans sa tête comme tous les artistes de ce monde, interview d'un photographe pas tout à fait comme les autres... et plein d'humour !

 

Bonjour Med !

Bonjour trés cher !

 

Comment es tu devenu photographe de mariage et depuis quand ?

Il est très difficile de parler de son métier quand ce dernier fait partie intégrante de soi. Cela revient à une sorte d'introspection décalée car photographe, comme musicien ou écrivain, n'est pas quelque chose qu'on fait, c'est quelque chose qu'on est. Il s'agit davantage d'exprimer une sensibilité personnelle que d'exécuter une technicité apprise. Je ne pourrais pas me contenter de cela. Mais je ne pourrais pas non plus exercer ce métier si, artistiquement parlant, je n'y trouvais une entière satisfaction. Cela vient pour beaucoup dans le fait que, chaque mariage étant différent du précédent, je me renouvelle sans cesse, je peaufine mon style. Et j'apprécie infiniment cette liberté (mais aussi ce risque) de travailler en constante improvisation, comme un jazzman de l'image. Cela m'est naturel, je ne saurais l'expliquer. Au fond, photographe, j'ai la sensation de l'avoir toujours été.

 

Selon toi, qu'est-ce qu'un reportage réussi ?

Celui qui satisfera pleinement les mariés. Pour ma part, il s'agit d'affirmer un style unique, que chaque photo raconte une histoire. Mon rôle consiste à m'approprier tous les instants de cette journée pour la réécrire à ma façon : trois enfants qui font des bêtises autour d'une fontaine, le petit neveu qui embrasse une fillette, la grand-mère qui éponge une larme en catimini... J'adore photographier ces moments anecdotiques qui ont fait partie du mariage sans que le couple n'en ait eu la moindre idée, captifs de l'engrenage des évènements dans lequel ils ont mis le doigt dès le matin. Pour leur montrer ce qu'a été cette journée, sous un angle nouveau. Les surprendre... Leur faire redécouvrir leur mariage.

 

Est ce que la façon de mener un reportage photo a changé ces dernières années ?

Sur le fond, non. La discrétion, les photos non posées, le relationnel affable, la bonne présentation... autant de facteurs dont j'ai fait mon credo et auxquels je me tiens. Mais cela va faire 4 ans que je me suis « spécialisé » dans le mariage, donc il est évident que mon style, lui, a évolué. J'ai davantage d'affinités avec les photos décalées, décadrées, asymétriques, qui prennent le contrepied des règles de composition classiques apprises à l'école. Cela dit, c'est avant tout la personnalité du photographe, la rencontre entre un rayon de lumière et un moment unique de beauté qui font une bonne photo. Cependant, une fois de plus, la beauté se situe dans les yeux de celui qui regarde. Le style ON THE VIF me permet d'accéder à cette beauté. Lorsque l'on demande à quelqu'un de poser, les données sont alors immédiatement faussées, car la personne, aussi photogénique soit-elle, se fige instantanément. Et là, on l'a perdue, la beauté que je recherche ne peut plus exister. Alors je reste toujours à l'affût de ces visages expressifs, où les gens ne savent pas qu'ils sont photographiés. Les sujets sont naturels, spontanés, donc beaux. Le problème, comme dans tout métier artistique, c'est-à-dire faisant appel à l'approbation d'autrui, à la faculté que vont avoir les gens à aimer ce que vous leur proposez, c'est que l'on ne fait que proposer, justement. Vous faites une photo, comme vous faites un enfant, et dès lors, elle est née, et elle a sa vie propre. Elle vient de vous, mais ne vous appartient plus. Vous ne pouvez pas forcer les autres à apprécier votre travail, ni la personnalité artistique qui le caractérise. Tout cela est très subjectif. Je ne sais toujours pas expliquer pour quelles raisons précises les gens aiment mes photos.

 

Quelle est ta relation avec les mariés durant cette journée ?

Le moment de la première rencontre est primordial, pour moi comme pour le couple, car le courant qui va passer entre nous jouera pour 50% de leur décision. Il est très important de se sentir en confiance, le naturel des photos s'en ressentira. Je ne pourrais bien photographier des gens que je n'apprécie pas. Je me rends généralement à leur domicile et leur présente le détail de mes prestations et leurs modalités. Je glisse mes blagues de Toto, mes imitations de Bourvil, tout ça... « Hé, mon vélo ! ». Puis je leur laisse le temps dont ils ont besoin pour se décider. Mais à partir du moment où l'on se rencontre, ils ont la primeur de la date. Le jour J, je m'efforce de les ennuyer le moins possible. Les gens détestent avoir sur le dos un photographe despotique. Le moment des photos de couple est un moment privilégié, celui de leur retrouvaille, le seul moment de la journée où les mariés se retrouvent seuls, tous les deux... L'idée première est de s'amuser. Je me dois de préserver cet instant unique de complicité qu'ils vont faire naître par leur sensibilité commune.  La première récompense sera, plus tard, de s'entendre dire : « On ne vous a pas vu de la journée ! ». La seconde est quand la personne poursuit : « vous savez que vous dégagez un charme incroyable, à la George Clooney ? »

 

Pourquoi Bleu Citron ?

Parce que Bleu Banane ça sonnait moins bien.

 

Travailles tu exclusivement dans le sud de la France ?

Non, il m'arrive parfois d'aller à l'étranger ou dans les DOM-TOM.

Es-tu plutôt couleur ou noir et blanc ?

Je suis plutôt ticket de métro. Le N&B donne à voir bien au-delà que la simple réalité des photos couleur. Le tout est d'avoir les bons yeux.

 

Quel est ton meilleur souvenir d'un mariage ?

Lorsque ce sont les mariés qui vous surprennent, cela devient un moment mémorable, tant par l'émotion des invités que par la performance des protagonistes. C'était un de ces mariages où le couple a été tellement sympathique et décontracté qu'on n'a plus envie de les quitter. Sophie et David avaient décidé d'ouvrir le bal sur une valse viennoise. Le truc archi conventionnel, limite ringard. Un choix qui m'avait laissé dans une déroutante expectative tant il allait à l'encontre de tout ce qu'avait été cette journée en terme de non conformisme affirmé : piercing sur la langue, l'excentrique mariée au chignon en bataille arborait un bustier des plus évasé avec décolleté affriolant, le marié profitait des courants d'air qui dansaient sous son kilt écossais, subissant les railleries de ses invités en anglais, néerlandais, italien, et même en turc. Pas de bénédiction catholique à l'église mais une cérémonie laïque avec vue sur mer dont l'officiant était un cousin chauve, en tongs et marcel. Beauf, mais classe. Et au milieu de cette extravagance assumée, Johann Strauss junior et son « Beau Danube Bleu » me parut aussi approprié qu'une côte de porc dans une bar-mitzva, Spiderman repassant ses calbuts ou Jean-Claude Dus à un meeting des Black Panthers. Les mariés valsouillaient comme ils pouvaient, si bien que leur podologue fit fortune dans les trois jours. Mais soudain, dans un excès d'égarement intrépide, le DJ stoppa la musique, mettant brutalement fin à cet ersatz de danse improbable devant lequel Rudolf Noureev se serait arraché un bras pour avoir quelque chose à leur balancer à la tête. Stupeur dans l'assistance, rumeurs outrées. Les mariés se figèrent, puis se tournèrent vers l'auteur de cette offense avec l'air de vouloir le démembrer. Le père de Sophie s'apprêtait à lui sauter à la gorge. Tandis que je pressentais une tournure dramatique des événements, le DJ prit la parole sur un ton effrontément belliqueux.

 

« -Mais qu'est-ce que vous nous faites, là ? Vous appelez ça danser ? »

Rumeurs malveillantes, regards vipérins. A juste titre, je ne donnais pas cher de la peau de cet inconscient qui, en deux questions, venait de se mettre cent cinquante personnes à dos. Evidemment, je ne faisais plus aucune photo, mon estomac entamant la danse de la pluie autour de mon œsophage. Mais, à la surprise générale, le gringalet aux platines ne se démonta pas, et renchérit même :

« -Non-non-non, mais vous ne pouvez pas danser sur ça, aussi, c'est quoi cette musique. Attendez, laissez-moi une seconde et je vais vous trouver un truc. »

Seuls au centre de la piste, les mariés ne bougeaient pas, se contentant d'échanger quelques messes basses tandis que le type fouillait tranquille dans ses CD. La foule grondait de plus en plus, et j'esquissais un pas de côté en direction de la sortie, au cas où.

« -Voilà ! J'ai ce qu'il vous faut !.. » 

Il n'en démords pas. Ce fou a été brûlé comme hérétique au 12ème siècle et il en redemande. Il va partir d'ici dans des sacs poubelle, me dis-je.

« -Ca, c'est ce que j'appelle de la musique, lança-t-il en enclenchant son CD... Et voici, mesdames et messieurs, ce qu'est une véritable ouverture de bal ! »

 

Sur ces mots-là (ses derniers, pensais-je), une section de cuivres rugissante, à faire passer les trompettistes de la Motown pour des collégiens de Sixième humiliant leur flûte à bec, fit sursauter tout le monde en introduisant à l'unisson la promesse d'un morceau détonnant. Durant les huit mesures de l'intro, les mariés se regardèrent. Au sourire qu'ils échangèrent, je fus le premier à comprendre le guet-apens dans lequel ils se réjouissaient d'avoir entraîné leurs invités, y compris le photographe. Puis Sophie recula d'un pas, dénoua son chignon de sa main gauche, porta sa main droite à l'arrière de sa robe et, dans un geste vif à la manière d'un chippendale déchirant son pantalon, transforma en une seconde son long et élégant jupon de tulle en une mini-jupe diablement sexy, épousant à merveille des cuisses blanches et musclées. Le public médusé n'eut pas le temps de réagir, ni de refermer la bouche, que Sophie et David se lancèrent dans une salsa cubaine des plus endiablée dont le rythme débridé prit aussitôt possession de chacun. Frénésie générale, hurlements d'exaltation, sifflets d'admiration. Le plus époustouflant fut que les mariés dansaient à merveille, enchaînant les mouvements à deux et les portés complexes d'une chorégraphie (je l'apprendrai plus tard) travaillée en secret depuis plus d'un an, à raison de trois heures de cours par semaine. Le niveau de ces deux là était exceptionnel, et la performance renversante. Le DJ, complice d'une surprise totale, buvait du petit lait devant la foule qui ovationnait à tout rompre leurs héros magnifiques.

 

Je mis un moment avant de me remettre à faire des images. Après cette entrée en matière hallucinante, le père de la mariée vint broyer la main du gringalet, comme une vengeance bien sincère pour la frayeur occasionnée, mais surtout une grande reconnaissance. Il aurait pu sans doute lui glisser un truc du genre : « Bravo, p'tit con. » La livraison des photos de cet événement serait, plus tard, longuement commentée par les points de vue croisés des mariés, de leurs parents et du mien. Et, au final, la satisfaction immense de laisser une trace dans leur vie, de leur offrir de beaux souvenirs.

Après tout, le souvenir du bonheur, n'est-ce pas encore du bonheur ?

 

Et le pire ?

Je n'ai pas de « pire » souvenir, juste de fâcheux impondérables comme ce traiteur de renom qui m'a servi en guise de dîner un splendide plateau SNCF agrémenté de haricots froids, dinde grisâtre et fromage qui pue... Une attention bien peu respectueuse.

 

Comment imprimes-tu tes photos ?

En slip, pour être à l'aise.

 

As-tu quelques conseils à suggérer aux futurs mariés ?

Un seul. M'appeler.

 

Quels sont tes projets ?

Artistiquement, le premier d'entre eux est de développer mon travail à l'étranger (USA, Canada, Australie, Italie, Espagne...), par la refonte de mon site internet notamment.

Puis monter une exposition à base de photographies dessinées, un concept personnel que la pudeur outrancière que je traîne depuis l'enfance m'empêche ici de vous dévoiler. Par contre, je veux bien montrer mes fesses...

 

Bleu citron prod. Marseille

http://www.bleucitronprod.com/

06.14.64.76.83

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